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Banqueroute
du système financier mondial :
réédition de l’Échec de Law ? |
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Souvenez-vous. Sous la Régence, un génial
financier, écossais, avait trouvé un moyen astucieux pour pouvoir jouer avec la
monnaie. Battre monnaie était un droit régalien, mais répondait à des règles
que MM. Les Spéculateurs commençaient à trouver un peu lourdes : la
monnaie émise était en métal, ce qui permettait de s’assurer que sa valeur
était réelle, qu’elle existait bien.
Le
Trésor était bien mal en point, et il fallait trouver une solution.
M. Law – on prononce [lass], lui, eut l’idée de
mettre en circulation des assignats. Ce papier monnaie était un titre
permettant d’échanger contre de la vraie monnaie en or, en argent en bronze ou
en cuivre, le montant qui était porté dessus ; son « nominal ».
Pour ce faire M. Law monta une société bancaire qui émit des actions sur la
nouvelle monnaie papier.
Le système bancaire de Law et ses assignats
fonctionnaient un peu comme des titres de bourse au porteur, en somme.
Malheureusement, la tentation était forte d’imprimer
plus de papier monnaie que le montant total réel que représentait le trésor
royal. L’aventure dura de 1716 à 1720, puis est arrivé ce qui devait
arriver : la banqueroute et l’effondrement du système des assignats. Tous
ceux qui en possédaient se sont trouvés ruinés. MM. Les spéculateurs se sont
trouvés ruinés. La morale était sauve.
Oui, mais dans la même ruine, ils ont
entraîné de braves sujets de Sa Majesté qui avaient été trop confiants dans ce
que leur avait proposé le Régent. Icelui, fort en colère d’avoir vu tromper les
sujets du Roi se retourna contre Law qui n’eut d’autre salut que la fuite. Le
Trésor royal dut indemniser les escroqués. L'agiotage et les injustices qui
marquèrent la réduction de la dette de la Banque royale traumatisèrent
l'opinion et ébranlèrent les hiérarchies économiques traditionnelles.
Aujourd’hui, les aventuriers de la finance
ont remis cela. Mais au lieu de jouer sur les monnaies, ils ont fait pire.
Les monnaies ne sont plus appuyées sur un étalon. La
dernière monnaie convertible, le dollar, a quitté ce statut de convertibilité
en 1991. C’est leur œuvre.
Depuis, MM. Les financiers ont fait danser l’anse du
panier en truquant les comptes et en créant de la monnaie virtuelle.
En 1988, j’arrive en Palestine. J’ouvre à la Banque
Leumi Ha Israël un compte avec un chèque en francs convertibles de la Banque de
France. Le banquier, un peu surpris de me voir titulaire d’un compte à la
Banque de France, attend avec prudence de voir mon nouveau compte
approvisionné, ce qui ne prend que trois jours. Il me fait alors une
proposition : me prêter 10.000 dollars états-uniens.
Le taux d’intérêt est alors de 8 % et je n’ai pas
besoin d’argent. « Si je vous prête cet argent, je suis obligé de vous
faire un contrat au taux d’intérêt légal, mais je suis aussi autorisé à vous
faire une remise commerciale du montant des intérêts.
- Quelle est l’intérêt, pour vous ?
-
Si je vous prête dix mille dollars, je sais que votre compte vaut ces dix mille
dollars. Si je ne vous les prête pas, je suis obligé d’attendre plusieurs mois
pour évaluer ce qu’il vous reste en fin de mois et donc pour savoir ce que vaut
votre compte pour moi en argent utilisable pour les placements.
Si, le vendredi
soir, je veux faire un placement à court terme jusqu’au lundi suivant, je dois
m’appuyer sur la valeur globale des comptes de mon agence. Tous ceux qui ont un
emprunt chez moi représentent une valeur disponible que je peux placer et sur laquelle je
peux gangner 20% sur trois jours.
Si je vous prête 10.000 dollars,
votre compte vaudra pour moi la même somme pendant cinquante deux week-ends.
Cinqante-deux week-ends pendant lesquels je vais faire travailler cet argent.
Vous comprenez que je peux vous faire une remise commerciale de huit
pour cent sur un an…
- Mais l’argent que vous placez ainsi
n’existe pas, puisque je ne le recevrai, et seulement pour partie, que mois
après moi. Vous allez donc faire des placements avec de l'argent qui n’existe
pas !
- Eh oui, cher monsieur, c’est cela, la
bourse…
De
la bourse au Monopoly
A force de jouer ainsi, le système boursier
international a généré des valeurs et des actions qui n’existent que sur le
papier. Depuis que ce système fonctionne, il fabrique donc de l’argent de Monopoly.
Il ne peut perdurer que tant que les gens auront confiance, comme dans le cas
de Law vu plus haut.
Mais ce système, qui est de fait frauduleux,
ne tiendrait pas à un examen comptable sérieux.
Dans Le Crédit agricole Hors-la-loi ?
publié aux éditions Carnot en 2001, (page 160) Jean Loup Izambert cite un
passage du livre Un Monde sans Loi, de Jean de Maillard, publié chez
Stock :
Une masse gigantesque de
capitaux passe chaque jour de main en main sur le marché des changes. Elle
représent aujourd’hui 1.300 milliards de dollars par jour : presque cinq
fois le budget annuel d’un état comme la France… Cette échelle de valeur est
complètement déconnectée de l’économie réelle puisque les exportations
mondiales de biens et servies ne représentent que 18 milliards de dollars par
jour, c'est-à-dire soixante dix fois mois. Les masses financières se déplacent
sans contraintes, simplement limitées par le décalage horaire auquel la connexion
électronique supplée partiellement.
Jean de Maillard est un magistrat spécialiste
des nouvelles formes de criminalité.
Comptabilité
et escroquerie institutionnalisée
En supposant que les choses n’ont pas changé
depuis que ces auteurs ont écrit – et on peut supposer qu’en fait elles n’ont
fait qu’empirer – la valeur moyenne des actions est donc soixante-dix fois plus
faible qu’on veut nous le faire croire. En clair, beaucoup des héros de Forbes
sont milliardaires essentiellement en argent de Monopoly.
Alors, il n’y a rien de surprenant à ce que
les bourses commencent à craquer de partout : la comptabilité des groupes
financiers n’a pu résister à l’examen – superficiel – auquel on l’a soumise que
grâce aux tricheries des comptables et des instituts d’audit. Ceux-ci, souvent
inféodés aux financiers, ont menti et rendu des rapports frauduleux. On l’a vu
avec la sanglante faillite d’Enron qui a entraîné dans sa chute des retraités
qui n’ont pas eu la chance des victimes de Law.
Si le groupe d’escrocs Arthur Andersen a
disparu, pour le plus grand profit de la morale, l’administration Bush & C°
n’a pas eu l’honnêteté de la Régence et de la monarchie française. Alors que le
régime Bush & C° a largement bénéficié des magouilles financières qui ont
permis l’achat de son arrivée au pouvoir en 2001, il n’a pas eu un seul geste
pour venir au secours de ses citoyens innocents entraînés dans la tourmente.
Réagissons
Alors, vous, petits porteurs qui détenez des
actions et auxquels ont veut faire croire qu’on n’a rien perdu tant qu’on n’a
pas vendu, souvenez-vous du scandale de Panama, des emprunts russes et, plus
près de nous, des malversations du tunnel sous la Manche. Vendez. Et surtout, ne
vous mettez pas entre les mains de financiers. Ne recourez pas au crédit. Vivez
avec vos moyens et votre trésorerie, et laissez finir de pourrir ce système
corrompu.
La banqueroute générale qui arrive, à la
différence de celle de 1929, ne touchera que les porteurs de titres ; en
aucun cas ceux qui vivent de leur travail. On l’a vu avec la banqueroute de
Corée, il y a quelques années, qui n’a pas mis sur la paille les travailleurs et cadres coréens qui
produisaient réellement quelque chose et non des lignes de bilans
informatiques falsifiés !
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